Paris Violence (Juin 2004)

http://paris.violence.free.fr/
Juin 2004, par mail. Publiée dans Vendetta 9.

Paris Violence est maintenant connu pour être un des groupes les plus originaux que le punk et la oi! aient vu en France. Certains regrettent le punk minimaliste, direct et urbains des débuts, et d’autres apprécient la richesse que donne l’exploration d’univers différents. Bref, le public est large. Malgré cela, ça faisait longtemps qu’on avait pas vu une interview de Paris Violence dans un fanzine, dont acte. Sinon même remarque que pour Urban Blight.

1- Peux tu te présenter, toi ainsi que Paris Violence ?

Ce n’est pas facile de se présenter soi-même ! Disons que Paris Violence est un projet qui existe officiellement depuis 1994 et qui continuera tant qu’il se pourra. Je crois que le meilleur moyen de se faire une idée de notre identité et de notre histoire est d’aller jeter un œil aux rubriques concernées sur notre site, et surtout d’écouter nos morceaux !

2- Je profite de t’avoir sous la main pour tirer au clair quelques plaisanteries : d’aucun affirment que, à l’époque où vous étiez trois dans PV, tu étais en fait tout seul, et tu déguisais ton cousin et ton oncle pour les photos.

Je ne vois pas trop quel intérêt j’aurais pu trouver à mettre deux « figurants », car il y a eu par la suite toute une période effectivement en « one-man-band » dont sont sortis deux albums et un EP, et je n’ai pas eu besoin de faire de casting pour me trouver des acolytes sur les photos. Si, la seule chose qu’on ait à dire là-dessus, c’est que j’ai prêté un de mes bombers à Thierry pour une photo de « temps de crise », je ne suis pas sûr qu’il y ait lieu de porter le débat à l’Assemblée nationale… Du reste, c’est vrai que le premier line-up était assez « familial », comme dans beaucoup de groupes à commencer par Molodoï ou The Oppressed. Jérôme, c’est vrai, n’a jamais eu un rôle musical très grand sur les enregistrements d’après les démos, il faisait essentiellement les chœurs. Mais Thierry a joué sur à peu prés tous les morceaux de l’époque. Sur les 15 morceaux de « temps de crise », il ne doit y en avoir que 2 ou trois où il n’aie pas joué.

3- Paris Violence a t il déjà fait des concerts ou compte t il en faire ?

On n’a jamais fait de concert, ce n’est pas vraiment notre optique, qui est assez expérimentale. Quelles que soient les périodes, les enregistrements se sont toujours faits dans notre coin, et on a fait moins de répètes que de disques. Quand à l’avenir, je ne peux rien affirmer !

4- On considère souvent PV comme un groupe de Oi!, qu’en penses tu ? Quels sont tes liens avec la scène skinhead ? Vas tu à certains concerts ? Apo, red, rac ?

J’essaie de brasser le maximum d’influences possibles, punk, new-wave, métal, et bien d’autres styles, mais c’est vrai que ne serait-ce que par le ton de voix, il y a une dominante de Oi! J’essaie quand même de ne pas m’enfermer dans les lieux commune de ce style où il y a déjà tant de déjà-vu. J’ai de bons liens avec la scène skin apolitique, autant qu’avec la scène punk, reste à savoir si ce sont les gens qui ont de bons liens avec moi. Je vais à assez peu de concerts punk/Oi!, et certaines personnes, va savoir pourquoi, considèrent ça comme un crime de lése-oi!-attitude. Mais je fais des efforts pour des trucs qui me bottent vraiment, et ça a pu être Pigalle ou les Anges Déchus (salut François !) comme Alain Bashung. Quant à des concerts red ou rac, je n’y ai jamais mis les pieds…

5- Tu dois avoir un paquet de morceaux jamais sortis ? Tu comptes en faire quoi ? Peut on espérer un jour une réédition des démos ?

Il y a, en effet, une quantité d’inédits. Quelques uns iront ici où là, en bonus tracks de rééditions de disques passés par exemple, ou sur les CDs de « Nouvelles d’Outre-tombe ». Mais le projet est en cours de sortir un disque d’inédits, couvrant toutes les périodes. Je ne sais pas encore sous quel format, mais en tout cas d’abord sur vinyle avec une quantité conséquente de morceaux. Quant aux démos (on en a fait quatre, de 1995 à 1998), elles vont tout d’abord être rééditées en CD-R par Bitume records, avec des titres parus à l’époque sur des compilations K7, puis les meilleurs titres seront sans doute regroupés sur un CD unique pressé en usine.

6- Je crois que tu as mandaté quelqu’un pour faire un site Internet sur PV. Quelle utilité y vois tu ? Pourra-t-on télécharger les morceaux gratuitement ?

Plusieurs personnes bossent effectivement sur un site officiel aussi complet que possible, qui sera sans doute en ligne à la sortie de cette interview et qui se renouvellera régulièrement. En fait je n’ai « mandaté » personne, j’ai reçu deux propositions à peu prés en même temps et j’ai mis les gens en contact. J’espère que ça permettra de donner une bonne présentation, très détaillée, du groupe : historique, interviews, discographie complète…. C’est aussi l’occasion de faire un effort sur l’aspect esthétique. Il y aura sans doute des morceaux pour que l’aperçu soit global.

7- D’ailleurs es tu enregistré à la SACEM ? Tu penses que ça sert à quelque chose pour les petits groupes ? Défends tu le droit d’auteur et la propriété intellectuelle ?

Pour l’instant, en 2004, je ne suis pas à la SACEM et ce n’est pas spécialement dans mes projets. Je n’ai pas de grandes théories sur la question, effectivement pour un petit groupe ça risque plus d’être une gêne qu’une garantie, mais je comprends que des artistes plus connus n’aient pas envie de voir des gens se faire du fric sur leur dos en pressant des disques sans les avoir consultés et en ramassant ensuite le jackpot.

8- On m’a dit que quelqu’un allait monter un fan club Paris Violence, c’est vrai ? C’est pas un peu l’abus ?

Un « fan club » ce serait un peu prétentieux. Mais notre collaboration avec Bitume va sans doute se resserrer, entre autre avec la parution de « Nouvelle d’Outre-Tombe », un zine régulier format A4 avec couverture couleur, poster couleur, et CD inclus. Son propos est de tenir régulièrement au courant des news du groupe et de faire des dossiers sur tel ou tel thème récurrent et de traiter le plus de sujets possibles. Le numéro 1 est consacré à la révolution hongroise de 1956, avec des articles, des photos, analyses, et un CD avec les deux morceaux consacrés à l’événement plus une version inédite de « Budapest 56 » et deux titres absolument inédits proches du sujet, dont l’un enregistré pour l’occasion.

9- Il paraît que « Mourir en Novembre » va être réédité en LP, ce dont on est très content, mais il paraît qu’il y aura un morceau en moins, c’est pas très classe, pourquoi pas mettre le morceau qui manque sur un ep vendu avec le LP (avec un inédit sur l’autre face bien sûr, hèhè) ?

L’idée avait été soulevé, mais franchement ça reviendrait trop cher, autant conserver l’argent qu’on aurait mis à ce bonus EP pour un nouvel EP. Avec les diverses personnes impliquées dans le projet, on était d’ailleurs unanimes pour dire qu’ « Un hiver en banlieue » n’était vraiment pas terrible, d’autant plus que c’est un morceau qui existait déjà sur une démo et qu’en fin de compte la première version était bien meilleure. Mais l’album est également repressé en CD, avec l’intégralité des titres. Par contre, si un jour « Temps de crise » est réédité en vinyle, il faudra tout garder, ce qui impliquera des difficultés de format car le disque est trop long pour un LP, pas assez pour un double LP. Mais il existe plusieurs solutions. Avis aux labels intéressés !

10- tu bénéficie d’une distribution professionnelle pour les CDs, considères tu que tu fais toujours partie de la scène punk ? Tu tires à combien ? Ton dernier album est sorti sur Dialektik, mais ce label ne semblait il pas en difficulté (souscription etc..) ?

Tu crois que Blitz, Last Resort ou Argelic Upstarts ont cessé de « faire partie de la scène » par ce qu’ils ont eu une bonne distribution ? Tous les soi-disant puristes qui ne conçoivent pas q u’on puisse acheter un disque ailleurs que dans un squat et à prix « non-profit » auraient été les premiers emmerdés à devoir aller chercher leurs disques dans les petits disquaires de Londres, ou plus probablement ils n’auraient pas pu connaître ces groupes. Pour ce qui est des tirages, c’est difficile à évaluer car ça diffère énormément selon les disques, « Rayé de la carte » est sorti à 300 exemplaires, le dernier album a eu un premier tirage à 1500 et il sera sans doute repressé… En tout, on a vendu dans les 7000 disques je pense. Pour Dialektik, il y a eu des périodes de flottement mais ils ont bien repris le dessus et ouvrent même deux boutiques.

11- Mais d’un autre côté tu sors des vinyles à petit tirage. Le vinyle est il important ?. N’est ce pas une manière de fabriquer des collectors qui atteindront des prix exorbitants dan s quelques années ?

J’adore le vinyle, c’est pour moi le disque par excellence, surtout tout ce qui est picture disc, vinyle couleur et autres originalités… J’aime aussi le principe du tirage « de luxe », qui en général se fabrique à perte, mais c’est une façon de se faire plaisir et de faire plaisir aux gens qui aiment vraiment ce que tu fais. Quand j’achète un collector d’un groupe que j’aime, je considère ça comme un privilège plus qu’une arnaque !

12- Question traditionnelle : tu as fait une page dans Punk Rawk, de quels retours tangibles peux tu témoigner ? Tu ne trouve pas que le niveau minable des interviews dans ce magazine nuit aux groupes plus qu’autre chose ?

Bien sûr, c’est un magazine qui a ses défauts, mais il faut voir qu’il vise le grand public, davantage les teen-agers qui écoutent NOFX que les vétérans et les connaisseurs pointus. Mais dès qu’il se fait quelque chose d’un peu pro dans le milieu, il est de bon ton de cracher dessus. On l’a fait pour les groupes qui ont signé sur des gros labels, on l’a fait pour Worst, maintenant c’est Punk Rawk. Personnellement, je pense pas être le genre de gens à qui cette à qui cette feuille s’adresse, mais ce que je remarque par ailleurs c’est que les types les plus virulents contre elle sont souvent ceux qui ne s’y sont jamais retrouvés chroniqués [Ce n’est pas tout à fait vrai puisque par exemple Pekatralatak – qui sont très virulents contre ce magazine- ont été chroniqués – contre leur gré – dans Punk Rawk. Il parait même qu’il y a eu une chronique de Vendetta !] ou interviewés, de même qu’à ses débuts, Worst faisait enrager les zines incapables d’avoir une présentation correcte etc…etc… Moi j’ai pas trouvé leur article con.

13- J’y ai donc lu (parce qu’apparemment ça fait quelque temps qu’un zine ne t’as pas interviewé) que tu t’étais mis au heavy métal symphonique (moi ce que je préfère c’est Rhapsodie, youpi !), quand c’est que tu te mets au black métal ?

Mais j’y suis jusqu’au cou depuis des années ! Tout ce qui est black symphonique, mélodique ou épique, j’adore. Je peux te citer parmi mes références principales, en vrac : Summoning, Bal-sagoth, Catamenia, Suidakra, Stormlord, Moonsorrow, Faergail, Seth, Sigh, Skyfire, Nebular Moon, Obscure Devotion, Children of Bodom, Eternal Tears of Sorrow, Enslavement of Beauty… [En fait je pensais aux groupes non symphonique, le True Black comme on dit, genre Dark Throne ou Gogoroth, mais j’imagine que la plupart des lecteurs s’en foutent !] En heavy j’ai depuis toujours mes trois groupes fétiches, à savoir, Iron Maiden, Manovar et Motöhead, et en death, je suis fan de Misanthrope avec qui on partage certains thèmes (esthétisme décadent, guerre de 14, goûts littéraires, dandysme). Ah oui, et puis bien sûr il y a aussi Venom.

14- L’incorporation de métal dans ta musique correspond à l’ajout d’une dimension fantastique dans tes textes. Est ce que la musique et les textes semblent liés au point qu’on ne puisse faire du fantastique qu’avec du métal et réalisme qu’avec du punk Oi ! ?

Je dirai qu’un disque est fait de trois choses : des textes, un son, et une esthétique. Tout ça donne une couleur globale qui doit être la plus harmonieuse possible selon moi (je n’aime pas les groupes punks avec des visuels métal ou des groupes métal avec des visuels punks). Mais après, à chacun de trouver l’alchimie juste dans les mélanges pour faire de l’original sans faire du discordant, éviter les clichés comme les distorsions trop fortes entre le contenant et le contenu.

15- Tu avais pourtant trouvé un compromis intéressant, à mon sens, dans ce que j’appelle les « chansons historiques » (celles sur la Hongrie, sur les armées blanches, sur la Grande Guerre…). Comment choisis tu les thèmes traités ? Comptes tu en faire d’autres ?

Il existe un certain nombre de chansons historiques encore inédites, soit sur des sujets déjà abordés (notamment 14-18) soit sur d’autres thèmes : fin des régimes soviétiques européens, révolte de Tienanmen, campagne de juin 40, divers épisodes de l’histoire japonaise (guerre du pacifique, Hiroshima)… L’histoire est ma passion, il y en aura bien d’autres j’espère, au gré de mon inspiration, qui vient quand je sens dans tel ou tel événement une dimension romantique et / ou tragique. En général, j’aime bien parler des causes perdues, et me mettre à la place du « camp des vaincus ». Car l’histoire est la moins objective des sciences, étant toujours écrite par les vainqueurs…..

16- Est ce que le fait de parler des armées blanches est un moyen de faire de la petite provocation ? Comme le fait que tu faisais parler de Céline à tout bout de champs comme tu le faisais à un moment ? Je ne comprend pas l’aspect très romantique qu’il y a dans l’aventure des gens qui suivirent Denikine ou Wangrel, mais n’y a t il pas le même potentiel dans l’armée noire ? (en plus, pour les communistes, ce sont les mêmes hèhè !)

J’adore la provocation, mais je n’en ai jamais mis da n s mes évocations des armées blanches ! Pour Céline, j’ai toujours été conscient de sa dimension sulfureuse, mais c’est pour moi très secondaire en regard de l’immense talent littéraire qu’il représente, l’un des plus fort du siècle, même si je prise nombre d’autres auteurs. Mais il reste un cas à part, il est d’une force jamais égalée ! Je ne connais pas grand chose à l’armée noire sinon.

17- De même l’anti-communisme de quelques une de tes chansons, si il n’est pas pour me déplaire, passe souvent pour « ambigu » dans nos milieux. Provocation ? Jamais eu de problèmes avec ça ?

J’ai toujours assumé mes positions sur la question, je les assume toujours.

18- Dans une interview parue dans Earquake, tu déclares : « Qu’on me reproche, au pire, d’être patriote : tant pis, je le suis trop en effet pour ne pas détester ceux qui ont voulu mettre notre pays à genou et contre qui mes grands parents ont combattus » ? Es tu toujours patriote ? N’est ce pas une idée profondément idiote ? Tes grands parents ont ils combattus les allemands ou les nazis ? En quoi leurs actions t’engagent elles ?

Quoi que mes ancêtres aient pu faire, à quelque époque que ce soit, cela ne me sera jamais indifférent car je pense qu’on peut très bien accepter ou renier, au choix, son héritage familial, mais pas faire semblant de l’ignorer lorsqu’on le connaît du moins. Mes deux grands-pères faisaient partie de l’armée française quand la France était en guerre, ils se sont battus contre l’ennemi, qui en l’occurrence était allemand, et qui en l’occurrence servait le régime nazi, qu’ajouter ? Pour ce qui est du patriotisme, j’ai voulu dire qu’ont pouvait être fier de son histoire, de sa culture, de sa langue, de ses traditions, sans dénigrer celles des autres et basculer dans un chauvinisme de comptoir ou dans le fascisme. J’utilisais ce terme par préférence à celui de nationalisme, trop marqué politiquement. Mais le patriotisme a aussi des relents déplaisants, il fait un peu penser à la première scène du Voyage au bout de la nuit avec cet engouement stupide des français pour le départ des troupes vers une boucherie stupide. Je préfère donc me considérer comme rien du tout. Mais à l’époque, ces propos tenaient surtout pour une réaction d’énervement profond face à un certain état d’esprit régnant dans la scène punk selon lequel il faudrait absolument cracher sur son pays sous peine de passer pour un nazi. C’est inadmissible. Malheureusement, il reste encore des cons pour le penser. [« Y a des types qui sont fiers d’être français ! … Quand je vois les crimes que, nous le populo de France, nous laissons commettre par la sale bande de capitalistes et de gouvernants qui nous grugent… » Le Père Peinard, 1890]

19- Il y a un côté parisianiste très marqué dans certaines chansons. Considères tu que le reste de la France (puisqu’on raisonne en terme de frontière) n’a pas aussi connu ce que tu décris dans tes chansons ?

Il y a des textes qui parlent d’atmosphères urbaines qu’on peut retrouver dans n’importe quelle grande ville, d’autres qui font explicitement référence à tel quartier de Paris et à ce qu’il a de propre, Pigalle n’est pas le Luxembourg ni Tolbiac Belleville. J’ai quand même beaucoup exploré cette veine et, sans la renier, je ne la mets plus en priorité.

20- La chanson « service inutile » sur Rayé de la carte ne dit elle pas , qu’en fin de compte, la seule manière de lutter contre le fascisme est la « fronde », et que l’antifascisme (les « Droit de l’homme ») n’ont jamais rien empêchés ? Pourtant sur une de tes démos, tu t’es dessiné avec un TS No Pasaran, est ce que le temps t’a dépolitisé ?

Commençons par ne pas tout confondre ! les Droits de l’Homme comme respect de la dignité de la personne humaine (que je partage) et le « droit-de-l’hommisme » bien pensant à la Télérama ( celui que j’attaque dans « service inutile » ), le refus du nazisme avec toutes ses horreurs et l’antifascisme gauchiste, qui considère comme fasciste tout ce qui est à sa droite. Juste un détail, sans enfiler des mouches : le « No Pasaran » n’est pas sur un t-shirt et ce n’est pas moi qui est représenté sur le dessin ! Mais je sais que ce genre de rectification est facile, je ne renie en rien cette K7, comme je l’ai dit, on va rééditer les démos sur CD) et le fait que je déclare m’opposer à un certain nombre d’idéologies totalitaires, même si je regrette que ce genre de slogans aient souvent tendance à être récupérés par n’importe qui, à n’importe quel propos. Quoi qu’il en soit, Paris Violence n’a jamais été un groupe « engagé » au service d’une cause.

21- Le EP Cauchemar Abyssal me fait penser à du Lovecraft, par exemple Dagon : «Soudain, je vis la chose. Dans un certain remous au-dessus des eaux troubles, elle émergea. D’un aspect répugnant, d’une taille aussi imposante que celle de Polyphème, ce gigantesque monstre de cauchemar s’élança rapidement sur le monolithe, l’étreignit de ses grands bras couvert d’écailles, tandis qu’il inclinait sa tête hideuse en proférant une sorte d’incantation ». Quelles sont tes influences fantastiques, si tu en as ?

Je ne connaissais pas ce passage mais j’aime beaucoup Lovecraft. En fantastique, je suis fan de Thomas Owen, et en SF de Philip K. Dick.

22- N’y a t il pas un certain snobisme de parler de littérature et à utiliser plein de mots compliqués, qui ne sont pas l’apanage de la « contre culture » ? De même, le thème de tes chansons semble être passé des quartiers populaires aux quartiers chics, tu t’embourgeoises ? Le punk (ou la Oi!) n’est il pas par essence une musique populaire accessible à tous ?

La contre culture est ce qu’on décide d’en faire, par essence elle se fabrique sans cesse. Je me fous d’être « accessible à tous », je ne fais pas de l’humanitaire ! Bien au contraire, pour reprendre une expression dont j’ai d’ailleurs fait un titre, qui m’aime me suive ! Quand à « l’esprit bourgeois », c’est tout ce que je déteste et « En attendant l’apocalypse » est sans doute ce que j’ai écrit précisément de plus anti-bourgeois, mais c’est un mépris esthétique et dandy et non « working class ». En ce qui me concerne, je n’ai pas changé de rue depuis « Temps de crise » (et même depuis avant….) !

23- Tu parles souvent des prostitués, pourquoi te plaisent (ou te déplaisent ?) elles autant ? N’y a t il pas du mépris dans la façon que tu as d’en parler ?

J’aime bien les filles des quartiers chauds, comme j’aime les filles en général. S’il y a eu beaucoup de références aux putes dans les premiers disques, c’est qu’elles sont partie intégrante d’un décor et d’une ambiance spécifique, de Pigalle, de la rue Saint-Denis, des bois parisiens. C’étais avant tout un parti pris esthétiste, il y a de tout dans ce milieu, comme dans tous les autres… Ah, désolé, j’oubliais qu’à présent il ne fallait plus dire « pute » mais « professionnelle du sexe » faute de quoi on est très méchant et ça plaît pas à Libération.

24- Dans Punk Rawk tu fais référence à un courant musical artistique sans le citer. Quoi c’est ?

Il ne s’agit pas d’un courant musical mais d’un courant esthétique et d’un courant littéraire. Le premier est l’Art Nouveau, ce qu’on appelle aussi le style 1900 ou le Modern Style, Mucha en peinture, Gallé en verrerie, Guimard en architecture… Le second est le mouvement décadent au sens le plus strict du terme, c’est-à-dire un certains nombre d’auteurs de la même époque (années 1880-1910) comme Jean Lorrain, Rachilde, Maurice Rollinat ou Georges Rodenbach, cultivant tout à la fois la luxure, l’élégance et le macabre. Un des livres les plus connus qui témoignent de cet esprit « fin de siècle » est « A rebours » de Joris Karl Huysmans, mais il est paru dans ces années là beaucoup de choses très intéressantes, aujourd’hui souvent oubliées.

25- Quels projet pour le futur ? Est ce que tu vas continuer dans la veine de « En attendant l’Apocalypse », ou est ce que tu vas penser un concept différent ? Pourquoi pas un album historique sur une période donnée ?

Pour l’été, outre l’inauguration du zine, est prévu un EP 4 titres qui va effectivement être centré sur une thématique nouvelle, à savoir le Japon, sujet de trois des morceaux, le quatrième étant plus « décadent », dans le veine de l’album. La méthode est souvent la même : faire un disque-concept sur un thème puis passer à autre chose tout en continuant à explorer cette veine dans tel ou tel morceau isolé. C’est une façon de se renouveler tout en créant une continuité. En septembre 2004 doivent sortir deux fourreaux de 2 CDs chacun comprenant respectivement « Mourir en Novembre » (nouveau tirage, légèrement relooké), et « l’âge de glace » (relooké) et « Ni fleurs ni couronnes » (+bonus tracks) et « En attendant l’apocalypse ».

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